Les années « Rapido » en 80 minutes
Présenté hier soir sur Canal plus, Rapido 20 ans après mais avec le Maître De Caunes d’aujourd’hui, nous renvoyait à une émission culte des années 80. Même générique de Jean-Baptiste Mondino, même line-up et des docs d’époque (exceptionnels car Rapido était partout), une émission en 80 minutes qui m’a foutu le bourdon.
Car Rapido, comme les Enfants du Rock auparavant (toujours avec De Caunes) innovait par le ton et faisant de la télé musicale de la télé de qualité. Au regard de ce que propose la téloche d’aujourd’hui (hormis Tracks sur Arte), rien n’arrive à la cheville de Rapido.
La ligne éditoriale de Rapido - « Etre partout à la fois »- était bête comme chou, floue au possible et répondait à un principe de plaisir primaire. L’émission voulait raconter l’actualité du rock de la fin des années 80 avec une curiosité de morts de faim. L’équipe voyageait beaucoup, se gardait bien de théoriser, et tout allait un peu plus vite que la moyenne. Contrairement à une légende urbaine, le très haut débit du maître de cérémonie Antoine de Caunes n’était pas dû à une surdose d’amphétamines pour yearling, mais à un banal accident industriel. Lors des premiers enregistrements de l’émission, un prompteur s’emballa ; le présentateur lui courut après sans réfléchir. Le parler Rapido était né.
L’émission était pourtant diffusée à une période mollassonne (de 1987 à 1992 pour les années Canal). Bon Jovi est plus connu que Nirvana, et Bob Geldof croit qu’un concert de charité va changer le problème de la faim dans le monde. Mais l’effet rétro joue bien son rôle. Et c’est avec une certaine joie que l’on revoit Vanilla Ice et son pantalon argenté, la permanente « nid d’abeilles » de Gloria Estefan ou la coupe mulet de Kool Shen  quand le coleader de NTM hésitait en termes de carrière entre Daniel Bravo ou Ice T. L’exercice impossible  compresser deux cents émissions en 80 minutes  est plutôt bien ficelé, même si la partie consacrée à la world est plombée par les bons sentiments.
Entre-temps, on aura droit à une déclaration de Flavor Flav, de Public Enemy (« on ne fait pas des bébés avec du jus de pédé »), qui ferait passer Le Pen pour un militant d’Act Up. Et à quelques moments de grâce. Vanessa Paradis entame un dialogue étrange avec Serge Gainsbourg, un an avant la mort du compositeur. On regarde de près les chicots de Shane McGowan : ce sont ceux d’un homme de 70 ans, mais cela ne l’empêche pas de se marrer comme une baleine asthmatique. Iggy Pop, décoloré en brun corbeau, est filmé sur un fond bleu piscine. De Caunes lui demande ce qu’il n’aime pas aux Etats-Unis. Réponse du sportif de Detroit : « Les gens qui font du jogging jusqu’à l’épuisement. »
C’était de la très bonne télé, et le clin d’oeil final de cette émission de la présence d’Emma De Caunes qui présente “La Musicale” sur Canal plus est un bon signe de relève de qualité même si Antoine manque terriblement.
Allez, salut maintenant
